Présent au Salon de la compétitivité industrielle automobile de Kénitra, N’da Kouamé, fondateur de Kpandji Automobiles, la première marque automobile ivoirienne, voit dans le Maroc bien plus qu’un modèle industriel. Il y trouve un futur partenaire capable d’accompagner l’émergence de l’industrie automobile ivoirienne.
S’il y a une conviction qui s’est forgée dans l’esprit de Kouamé N’da, président directeur général de la première marque automobile ivoirienne, c’est l’avenir de Kpandji, la marque, pourrait en partie s’écrire avec l’industrie automobile marocaine.
Arrivé à Casablanca à l’occasion du Salon de la compétitivité industrielle automobile, tenu du 24 au 26 juin dernier à Kénitra, le dirigeant ivoirien dit avoir découvert un écosystème bien plus avancé que ce qu’il imaginait. Au-delà des infrastructures, ce sont surtout les fabricants de composants qui retiennent son attention. «Je ne me suis même pas senti en Afrique. Le Maroc a des années-lumière d’avance sur ce qui se fait dans mon pays», confie-t-il.
Pour Kpandji, qui importe aujourd’hui l’intégralité de ses pièces depuis l’Asie et l’Europe, cette visite ouvre de nouvelles perspectives. L’entreprise discute déjà avec plusieurs industriels marocains afin de relocaliser une partie de son approvisionnement. «Aujourd’hui nous importons 100 % des composants. Avec un peu de stratégie, nous pouvons nous approvisionner ici au Maroc».
L’objectif dépasse le simple achat de pièces. Il s’agit de construire une véritable chaîne de valeur régionale entre le Maroc et la Côte d’Ivoire, dans un contexte où les deux pays multiplient les coopérations industrielles. Le dirigeant ivoirien se montre d’ailleurs optimiste. « Les astres sont alignés. Il existe une familiarité naturelle entre Marocains et Ivoiriens qui facilite énormément les partenariats».De quoi faire prédire à l’industriel que, « Dans un futur très proche, Kpandji aura du Maroc dans ses véhicules».
A ce titre, il invite les industriels et investisseurs marocains à oser la Côte d’Ivoire, car dira-t-il «il y a beaucoup de choses sérieuses à faire et le secteur automobile offre de très belles perspectives».
Pour parvenir à cette ossature de précurseur dans un secteur pour lequel peu d’industriel de son pays opterait, N’da Kouamé a fait montre d’intelligence économique et d’audace. Intelligence économique qu’il explique par l’orientation stratégique adoptée par le pays d’Alassane Ouattara lors se son précédent Plan national de développement (PND 2021 – 2025) où l’industrialisation a été placé au cœur du développement du pays.
A cela s’ajoute le Programme automobile de Côte d’Ivoire (PACI) posant les jalons d’une industrie automobile localement intégrée. L’un mis dans l’autre, N’da Kouamé, alors entrepreneur dans le transport, fort du constat des difficultés éprouvées par ses concitoyens dans l’acquisition de véhicules neufs décide de se lancer. Si l’idée paraît folle, le contexte lui est encourageant. « Nous avions besoin d’une solution. Acheter une voiture coûtait cher et beaucoup de clients se heurtaient parfois à des difficultés de tous ordres»
Pour l’audace, le serial entrepreneur va créer l’entreprise Kpandji Automobiles sans savoir grande chose du secteur en lui-même, ni des contraintes qui l’y attendait. Au lancement du projet, aucune réglementation spécifique n’encadre encore l’assemblage automobile ivoirien. Restait alors à apprendre un métier entièrement nouveau. Sans hésiter, il vogue sous d’autres cieux pour s’acculturer. «J’ai cherché un pays qui accepterait de m’enseigner l’industrie automobile. J’y ai passé plusieurs années avant de revenir en Côte d’Ivoire poursuivre cette aventure».
De retour dans la capitale ivoirienne, l’homme va entamer, avec force et conviction, et sur fonds propres, cette autre aventure entrepreneuriale. Un parcours semé de défis et d’obstacles. Mais grâce à l’accompagnement des autorités ivoiriennes, les premiers véhicules Kpandji voient finalement le jour. Leur adoption par la population ivoirienne ne se fera pas attendre. «Il y a un engouement national autour de ce véhicule pour lequel nous continuons de récolter les encouragements et les félicitations de part et d’autre», fait savoir le précurseur.
Un engouement qui se traduit tout aussi bien dans les chiffres. enregistre. Deux ans après les premiers prototypes, «notre capacité de production a été multipliée par dix», révèle le fondateur de cette startup industrielle.
En effet, si la première année a permis à N’da Kouamé et ses équipes de démontrer qu’ils sont capables de produire un véhicule de bout en bout en Côte d’Ivoire, la seconde marque une montée en puissance, avec des perspectives bien claires. À l’horizon 2030, le constructeur vise autour de 1 % du marché automobile ivoirien, qui a pesé 30 000 véhicules neufs, en 2025. Kpandji recherche, pour ce faire, des partenaires financiers pour accélérer son développement.
Au-delà des chiffres, le succès populaire constitue sans doute la plus grande satisfaction de son fondateur.
Baptisée Kpandji, en référence à un nom largement partagé dans plusieurs cultures ivoiriennes, la marque s’est aujourd’hui imposée dans l’imaginaire collectif. Pour son fondateur, cette adhésion populaire confirme que l’automobile peut aussi devenir un symbole de souveraineté industrielle.
Et si Kpandji nourrit aujourd’hui l’ambition de fabriquer davantage en Côte d’Ivoire, son dirigeant est convaincu que cette ambition passera aussi par le Maroc, devenu, à ses yeux, l’un des partenaires les plus crédibles pour accompagner cette montée en puissance industrielle.
NEUF


